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Septième dimanche du temps ordinaire  Année «A»
Dimanche 23 février 2020
Père Pierre Drouin, cjm, président de la célébration et homélie




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Septième dimanche  2020

 

Lévitique 19,1-2.17-18

Psaume 103 (102)

I Corinthiens 3, 16-23

Matthieu 5,38-48

Parlant de Temple….

Je vous disais dimanche dernier que l’Évangile nous invite à «aimer davantage…» Je vous donnais des exemples pris dans ce que nous lisions aujourd’hui dans l’évangile.

         En relisant les textes de ce dimanche, l’idée m’est venue de méditer plutôt avec vous la deuxième lecture qui, je crois, pourra nous aider à mieux comprendre ce que nous vivons, maintenant, dans  l’Église de la région.

         En effet, nous nous retrouvons dans une situation où l’on parle de nos églises… Est-ce qu’on va fermer notre église? Laquelle va-t-on fermer?  Ou de l’état matériel de nos églises… le toit coule… un morceau de clocher est parti…  Et on a, face à cela, tous les sentiments: l’envie de  tout  démolir ou de tout conserver…La vie comme vous savez est faite de ruptures inévitables et c’est parfois la fidélité elle-même qui commande le changement. Déraciner, renverser, perdre ou démolir quand cela est nécessaire conduit le plus souvent à approfondir, mettre en place, retrouver et bâtir. L'histoire nous l'apprend et nous avons à le revivre aujourd'hui.

         Déjà dans l’Ancien Testament, Le prophète Jérémie n’entrevoyait pas comme une catastrophe la destruction du Temple de Jérusalem. Il la prédisait consciemment  et demandait qu'on sût mettre l'essentiel ailleurs que dans les pierres. Posté à l'entrée principale du Temple, il ne mâchait pas ses mots : « Écoutez la parole du Seigneur, vous tous Judéens qui entrez par ces portes ... Ainsi parle le Seigneur : « Améliorez votre conduite, votre manière d’agir, pour que je puisse habiter avec vous en ce lieu. Ne vous fiez point aux paroles mensongères : « C'est là le sanctuaire du Seigneur ! Sanctuaire du Seigneur !  »... Je vais traiter ce Temple qui porte mon Nom, et dans lequel vous mettez votre confiance, comme j'ai traité Silo », (Jérémie 7,2…12) sanctuaire provisoire, délaissé puis détruit.            Quelques années plus tard, les armées babyloniennes saccageaient le Temple, mais, sous le prêtre Esdras, (+/- 450 avant Jésus-Christ) une communauté vivante naissait de ses décombres et le judaïsme devint la nouvelle fidélité du peuple de l'Alliance.

         Les disciples de Jésus admiraient les splendides constructions du Temple d'Hérode. Mais Jésus leur répondit : « Vous voyez tout cela, n'est-ce pas ? En vérité, je vous le dis, il ne restera pas ici pierre sur pierre. Tout sera détruit ». (Matthieu 24,2).  Au péril de sa vie, Jésus, selon saint Jean, provoqua même ses compatriotes : « Détruisez ce temple; en trois jours je le relèverai » (Jean 2,19).

         Quand Titus, fils de Vespasien, détruisit le Temple de Jérusalem, en 70, les disciples comprirent que le seul vrai temple, c'était le corps ressuscité du Seigneur de leur foi.

 Et alors on se rappela les lignes que Paul adressait à la petite Église de Corinthe  et que nous relisons ce matin: « Ne savez-vous pas que vous êtes vous-mêmes le Temple de Dieu ? ... Le Temple de Dieu est sacré, et ce Temple, c'est vous ! » (I Cor 3,16-17) ;

«C’est vous», c’est -à- dire, chacun, chacune de nous, vous qui êtes mariés, vous qui êtes divorcés, les homosexuels, les familles monoparentales, les célibataires (on les oublie souvent ceux-là). – toutes ces gens qui vivent chez-nous, qui ont beaucoup à partager sur leur cheminements humains et spirituels, qui ont de quoi renouveler notre propre vision de l’amour et de la fraternité, notre propre vision de notre condition d’enfant de Dieu, et ensemble avec tous, de bénir et de rendre grâce pour ce don de l’Esprit.

         Ensuite, on relut de façon nouvelle les mots de Pierre : « Approchez-vous de Lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie, précieuse auprès de Dieu. Et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, prêtez-vous à l'édification d'un édifice spirituel ... » (I Pierre 2,4-5). Cet édifice repose tout entier sur le Christ, comme une maison sur ses fondations.

         Sur les ruines du Temple, une communauté nouvelle prenait conscience d'elle-même, et sa fidélité à la foi des Pères ne faisait que changer de forme.

         Quand l'Église de La Baie voit ou doit démolir ses églises (Plympton, Corberrie, Salmon River… la tristesse s'empare de bien des chrétiens. S'il s'agissait toujours de la perte d'un patrimoine culturel et artistique, ce serait un sentiment bien légitime. Mais c'est, le plus souvent, une nostalgie injustement attachée aux formes d'hier de la vie chrétienne. Il faudrait ici écouter   : « Ne dis pas : Pourquoi le passé fut-il meilleur que le présent ? Car ce n'est pas une question inspirée par la sagesse » (Qo 7,10).

          Les premiers chrétiens « rompaient le pain dans leurs maisons », (Actes 2,46) disent les Actes, et ils n'en constituaient pas moins des communautés vivantes, « assidues à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communauté fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ». (Actes 2, 42)

         L'empereur Constantin (313) a pu donner des temples païens à l'Église dont la foi devint, non pas nécessairement pour son bien, religion d'État.

         Le peuple du Moyen Age a pu bâtir des cathédrales qui sont devenues autant de joyaux de l'art occidental. (Notre Dame de Paris…)

         Chez nous, les paroissiens d'hier, stimulés par des curés enthousiastes, ont pu vouloir que chaque église fût plus grande et plus haute que celle des voisins.

 L'heure semble bien venue de garder ce qu'il faut garder et de sacrifier tout le reste, de faire passer l'Église avant les églises, de bâtir la communauté  de Notre-Dame d’Acadie plutôt qu'entretenir la bâtisse.

Il y a là le signe de bien d'autres sacrifices à faire pour rester peuple vivant et communauté fidèle.

 En terminant, quand je relisais le texte, je me suis rappelé pourquoi la liturgie prévoyait l’encensement des fidèles à la Messe. (Ici, malheureusement,  on ne le fait plus parce qu’il y a trop de monde allergique à l’encens…). Chaque fois qu’on nous encense, nous les baptisés, c’est pour nous dire : « N’oubliez pas que vous êtes un temple  de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ».

Amen![1]

 



[1] Inspiré en partie de J.Martucci