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Troisième dimanche du careme, Année «C»
Dimanche 24 mars 2019
Père Pierre Drouin, c.j.m.
président de la célébration et homélie

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Troisième dimanche de Carême 2019

 

Exode 3, 1-8a.10.13-15

Psaume 103(102)

I Cor 10,1-6.10-12

Luc 13, 1-9

 

       Dans le récit que nous venons d'entendre, Jésus combat une croyance qui a la vie dure : les catastrophes seraient une punition divine. N’est-ce pas encore la réaction spontanée de beaucoup de personnes quand leur arrive un problème : « qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu? »(C’est le titre d’un film qui vient de paraître ce mois-ci).

 Il est faux et c’est même une espèce de blasphème de penser que les désastres qui peuvent se produire soient des punitions de Dieu. Si vous tombez sur certaines lectures qui présentant les désastres naturels comme des punitions divines, tournez tranquillement la page et haussez les épaules. Il ne faut jamais lier péché et malheur. Ça n’a rien à voir!

Dans l'Évangile, Jésus commente aujourd’hui deux faits divers terribles : l'assassinat d'un groupe de gens pendant qu'ils offraient un sacrifice (Ça ressemble à ce qui est arrivé dans les Mosquées de Nouvelle-Zélande) et la mort d'un autre groupe dans l'effondrement d'une tour. (Il suffit de penser aux victimes dans une mine ou d’un tsunami…« Pensez-vous qu'ils étaient plus pécheurs que les autres », sous entendu « pour mériter une telle punition » Et la réponse est claire. « Et bien, non. » Mais le plus souvent, face à la souffrance, ce qui vient plutôt à l'esprit c’est la négation de Dieu : puisque le mal existe, Dieu n'existe pas. Que dire à celles et ceux qui sont ainsi blessés ou révoltés ? Le mieux, c’est de leur proposer d’accueillir la Parole de ce dimanche. 

Voyons plutôt:

Dans la première Lecture, Moïse est un assassin qui a fui au désert, dont le peuple est maltraité. Et dans un buisson qui brûle sans se consumer, Dieu se révèle à lui : « Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. J’ai vu la misère de mon peuple, oui je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le libérer…» Ce magnifique récit est très important pour la foi d'Israël et donc aussi pour la nôtre : c’est la première fois que l’humanité découvrait qu’elle était aimée de Dieu ; au point qu’il voit, qu’il entend, qu’il connaît nos souffrances. Seul, le peuple élu pouvait arriver à cette découverte, parce que personne au monde n’y a pensé tout seul, il a fallu la Révélation,

            Il reste que le mal demeure un point d’interrogation pour nous. Il risque toujours de nous fasciner au point de nous plonger dans une sorte de découragement car il est le plus souvent insensé. On dit toujours que ce qui nous arrive n’a pas de sens! Moïse ne s'est pas enfermé dans le cercle des explications possibles au malheur qui frappait son peuple. Sa vie a changé lorsqu'il a détourné son regard de l'Égypte qu'il fuyait pour s'attacher fermement à l'Invisible qui se manifeste dans le buisson ardent (burning bush). C’est la même chose pour nous: notre vie est changée lorsque nous nous détournons du mal sous toutes ses formes pour suivre fermement la voie de notre Sauveur. En effet, le Christ n'est pas venu pour expliquer le mal, mais pour lutter contre lui et nous en libérer.

Paul, dans la deuxième lecture, nous raconte une fois encore l'histoire de la libération des Juifs d'Égypte et de cette longue marche à travers le désert jusqu'à la Terre promise. Il compare les étapes de la vie chrétienne aux étapes de cette conquête de la liberté :

*le baptême est comparé au passage de la mer rouge, *l’eucharistie à la manne, (cette nourriture que le peuple recevait à manger dans le désert)

*et le rocher dont des légendes juives disent qu'il accompagnait le peuple, devient un symbole du Christ. Paul veut convaincre tous les chrétiens, chrétiennes qui traversent le désert de l’épreuve, de le faire en faisant confiance au Christ et en ayant la certitude que le Christ les y accompagne

            L'évangile enfin nous raconte la  parabole de la vigne et du figuier. Depuis le prophète Isaïe,(chap.5) les Juifs avaient l'habitude d'entendre des histoires où leur pays et leur peuple étaient comparés à une vigne que Dieu avait plantée pour qu'elle donne le meilleur vin et qu'il menaçait d’arracher parce qu'elle ne produisait rien. Jésus, dans ce récit, ajoute à la parabole traditionnelle un vigneron qui veut défendre sa vigne. Il  demande  à Dieu de patienter…Sois patient!« Laisse-la encore cette année, le temps que je bêche. » Le vigneron bien sûr, c'est Lui, c’est Jésus. Non seulement il plaide pour tous ceux et celles  qui sont dans le malheur mais il vient les rejoindre au cœur de leur mal. La bêche avec laquelle il creuse la terre, c’est sa croix. En se donnant totalement, en s'offrant il reçoit la vie du Père. Et tous ceux et celles  qui souffrent vivent déjà avec lui.

Frères et soeurs,

Avoir de la patience, c’est ne pas lâcher… Avez-vous pensé comment el Seigneur est patient avec nous? Ça me frappe de voir Jésus patient avec les disciples…Dans ce dialogue, de la première Lecture, Dieu donne à Moïse la signification de son nom, Yahvé. En disant "je suis qui je suis", Dieu affirme ceci: "Moïse, je serai sûrement avec vous, d’une présence libératrice au milieu de vous." Vous ne pouvez jamais en douter, c'est la grande sécurité que je vous donne!

            Ne serait-ce pas cela la conversion à laquelle il nous invite? Que nous osions lui faire confiance dans nos problèmes, nos difficultés.

Soyons nous aussi patients et luttons de toutes nos forces contre le mal, en nous, dans l'Église et dans le monde.